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  Châtions notre vocabulaire !

"Ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire arrivent aisément" disait le poète qui ne connaissait pas la vidéo. "et réciproquement" eût ajouté un Pierre Dac bien inspiré. Réfléchissons bien au sens des mots et appelons un chat un chat, la précision du vocabulaire est l'ABC d'une communication efficace, surtout dans le domaine technique qui ne souffre pas l'approximation. Jetons un coup de projecteur sur des erreurs hélas très répandues, même sous des signatures respectées.
Jean-Pierre LANDRAGIN
Une sale histoire de bits et de bytes
Dans la littérature française normalement constituée, le bit (unité de quantité d'information transmise ou stockée) se note simplement "bit". Dans la littérature anglo-saxonne, les bit se note b. En revanche là où ça se gâte, c'est au niveau de l'octet, qui se dit byte et se note B. Dans la foulée, les traducteurs non techniciens ont pris de mauvaises habitudes comme de traduire byte par byte et non par octet (noté o). C'est beaucoup plus grave lorsqu'on passe aux symboles, qui sont largement "case sensitive". Les traducteurs qui ne sont pas sensibilisés à la question (de même que les techniciens du domaine qui ne sont pas bien rompus au maniement des langues européennes et effectuent néanmoins des traductions de documents) ont tendance à traiter de manière indifférente les B et les b. Il s'ensuit que les mégabytes deviennent souvent des mégabits et réciproquement.
Lorsqu'on traduit un document de l'anglais vers le français, ou lorsqu'on écrit une document directement dans la langue de Molière, il faut donc prendre garde.

 
Texte anglophone
Texte francophone
 
1 kb
1 kB
1 Mb
1 MB
1 kbit
1 ko1
Mbit
1 Mo

Les notations kb et Mb sont anglo-saxonnes et ne devraient pas exister dans les documents en français. Il est est de même pour les débits (qu'on appelle souvent à tort "bandes passantes", notion fondamentalement analogique qu'il y a lieu de réserver exclusivement à ce domaine), dans lesquels on rencontre fréquemment deux erreurs : d'une part l'absence d'indication de l'unité de temps, d'autre part l'erreur évoquée plus haut.

 
Texte anglophone
Texte francophone
 
1 kbps
1 kBps
1 Mbps
1 MBps
1 bit/s
1 ko/s
1 Mbit/s
1 Mo/s

PAL/NTSC et vidéo numérique
Rappelons que PAL, SECAM et NTSC sont des standards analogiques se rapportant à des manières de coder et multiplexer les informations de luminance et les signaux de chrominance. Or on voit encore dans les documents constructeurs et les prospectus commerciaux relatifs à des équipements entièrement numériques (enregistrement, restitution, visualisation) les mentions PAL et/ou NTSC... qui n'ont plus aucune raison d'être, et qui, quoi qu'il en soit, ne sont pas à leur place.
Rappelons que depuis plus de 25 ans, les normes précisent la manière de coder la vidéo en numérique et de la transmettre soit par une liaison parallèle (ITU-R 601), soit par une liaison série (ITU-R 656). Il s'agit de composantes numériques (Y, R-Y, B-Y), avec des règles de codage bien précises, un échantillonnage de type 4:2:2 ou réduit (4:2:0 ou 4:1:1) et un schéma de multiplexage temporel (R 601) et de codage de ligne (R 656) parfaitement défini.
D'où vient la résurgence de ces mentions PAL/NTSC ? La méthode de codage des composantes numériques en définition standard est définie et unique pour tous les systèmes de télévision. Elle donne lieu à une structure identique pour les lignes (720 échantillons dans la partie utile avec une fréquence d'échantillonnage de 13,5 MHz dans tous les cas), qu'il s'agisse de système de balayage européen (625 lignes) ou américain (525 lignes). Les seules différences se trouvent dans le nombre de lignes et le nombre d'échantillons dans les intervalles de suppression. C'est là qu'est l'origine de la confusion, la plupart des rédacteurs ne faisant pas l'effort de spécifier "système américain" (format 720 x 480) ou "système européen" (720 x 576), et imaginant que le lecteur est tout aussi stupide, spécifient respectivement NTSC ou PAL. Cela est parfaitement vérifié sur les produits grand public tels les DVD (qu'il s'agisse des lecteurs aussi bien que des disques, ceux-ci étant labellisés PAL pour les formats 4:2:0 720 x 476 et NTSC pour les formats 4:1:1 720 x 480). Or il est très clair qu'il n'y a ni PAL ni NTSC dans les couches des DVD, seulement des bits matérialisés par des micro-cuvettes. Les appellations correctes sont donc les suivantes:

 
Incorrect
Correct
 
PAL

NTSC
Composantes 625

Composantes 525

La HD aussi ?
En haute définition, les acronymes PAL et NTSC ont encore moins de raison de s'immiscer dans la mesure où il n'y a jamais eu de procédé analogique de codage des couleurs dans ces formats. Prions toutefois pour que la mention PAL ne soit jamais affublée aux standards à 25 et 50 images/s et la mention NTSC à ceux en 60, 59,94, 30 et 29,97 images/s !

Du bon usage de la notion de "pixel".
S'il est un terme utilisé à tort et à travers, c'est bien le mot "pixel". Constitué de la contraction des mots anglais "picture element", il signifie tout et rien. La preuve: Larousse en donne pour définition: "Le plus petit élément de teinte homogène d'une image enregistrée (photographie, télévision, vidéocommunication)" (petit Larousse grand format, édition 1997).
La notion de pixel implique donc la présence d'un processus d'enregistrement au niveau du système considéré.
En photographie, les pixels sont liés aux grains d'argent de la pellicule utilisée. Ils sont de taille inégale et répartis de manière aléatoire sur la surface de l'image. En informatique, l'image est représentée de manière numérique par la succession des valeurs des grandeurs physiques (RVB ou Y/C) affectée à chaque "point". Chacun de ces points donne lieu à un enregistrement (au sens informatique), et constitue donc un "pixel" tel que nous venons de définir. Lorsqu'on visualise une telle image, on ne voit pas les pixels, à moins d'utiliser des artifices tels que le grossissement exagéré. En télévision analogique (captée avec des tubes de prise de vue), il n'y a pas de pixel à proprement parler. Le signal est continu, de même que l'image, qui n'est pas échantillonnée dans le plan horizontal. Il n'y a d'éléments de teinte homogène que si la scène enregistrée comporte des zones homogènes. En revanche, dans le plan vertical, il ne peut pas y avoir de zone de teinte homogène plus petite qu'une ligne. En télévision numérique, on peut considérer qu'il y a des pixels, puisque le flux vidéo est une succession de points enregistrés décrits par une syntaxe particulière, définie par la norme ITU-R 601. Mais cela ne veut pas dire qu'on peut distinguer ces pixels-là sur l'écran du téléviseur. En effet, après décodage et conversion numérique-analogique, le signal restitué est parfaitement continu. Il n'est pas constitué de marches d'escaliers, contrairement à une idée fort répandue, et si on a respecté de bout en bout le théorème d'échantillonnage (de Shannon), les pixels disparaissent...
En revanche, si on examine de près l'écran, on voit bien une structure discontinue de l'image. Celle-ci est due au système de luminophores de la surface de l'écran (tube cathodique) ou aux cellules de l'écran matriciel. Doit-on pour autant parler de "pixels" ? Pas du tout, car cette structure d'éléments discrets d'image ne résulte pas d'un processus d'enregistrement de l'image, mais de particularités de son dispositif de restitution.

 
  Attention:
Ce qu'on voit sur cette image, obtenue par grossissements successifs de l'image du haut,

Ce n'est pas des "pixels" !!!
(ce sont des triplets de luminophores)

Pire encore, on parle abusivement de "pixelisation" à propos de deux types de phénomènes : d'une part les artefacts issus de la compression par blocs (normes MPEG) et une décompression défectueuse (erreurs de transmission trop nombreuses, bruit de fond excessif, dysfonctionnements divers). Les zones de teinte homogène qui apparaissent alors indûment sont en fait des blocs ou des macroblocs, c'est à dire des zones carrées englobant 8 x 8 ou 16 x 16 pixels (MPEG-1 et 2).

 
Effets de "blocs" (blocking) typique dû à un mauvais décodage MPEG.

Attention: Ce qu'on voit sur cette image, Ce n'est pas des "pixels" !!!
(ce sont des blocs ou des macroblocs)

Enfin, certains qualifient abusivement de "pixelisation" l'effet d'une quantification défectueuse (profondeur de codage insuffisante, "codes manquants") qui se traduit par l'apparition de larges zones de teinte homogène éventuellement marquées par des contours.

 
Attention:
Ce qu'on voit sur cette image,

Ce n'est pas des "pixels" !!!

(ce sont des zones d'égale valeur numérique)

Ces deux types d'artefacts n'ont rien à voir avec un quelque procédé d'enregistrement ou de mémorisation des éléments de l'image. Il ne s'agit donc pas de pixels au sens du Larousse. Aussi, pour éviter les nombreuses confusions qu'il entraîne, nous préconisons d'éviter systématiquement l'emploi de ce mot. Remplaçons-le par un vocabulaire plus précis, adapté aux circonstances: cellule sensible pour le capteur d'image, échantillon de signal pour le traitement numérique, triade de luminophores pour la surface du CRT couleur, etc... Evitons de nous placer dans une position qui nécessiterait d'introduire une notion superfétatoire de "sous-pixel" dont nous aurions du mal à nous dépêtrer. C'est la seule méthode efficace pour bien savoir de quoi on parle. Même s'il fait cossu dans les conversations de salon, le terme "pixel" fait partie des vilains anglicismes technico-précieux à bannir définitivement (ou presque) de notre répertoire.

Remerciements à Michel Drucker, France Télévisions et Philips Electronique Grand Public pour leur coopération involontaire à cette étude. JPL


Date : 27/04/2008 Source: Rédac Auteur :JPL Société: JPL

 
 
 
 
 
 
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