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NAISSANCE
DE L'ENREGISTREMENT MAGNETIQUE DES IMAGES
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La
mort d'un pionnier

Portrait de Charles P. Ginsburg
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Charles
P. Ginsburg est mort d'une pneumonie en avril
1992 : il fut en quelque sorte le père
du magnétoscope, qui sera dévoilé
pour la première fois en 1956. Pour
ce qui était au départ une toute
petite société installée
dans un garage par un immigré russe,
ce fut un succès énorme face
aux géants de l'industrie qui développaient
leur projet à l'époque, à
savoir la BBC et surtout RCA, qui de son côté
cherchait déjà à mettre
au point la couleur. Leurs systèmes
n'étaient pas au point et présentaient
le gros défaut de consommer une quantité
énorme de bande car ils tournaient
à grande vitesse. L'équipe de
Ginsburg sort de ses cartons aussi l'un des
premiers magnétoscopes à chargement
hélicoïdal, qui ne verra définitivement
le jour qu'en 1959. Sous sa direction, Ampex
continue à produire des innovations,
telles que l'Intersync, l'ancêtre du
montage, Amitec, premier correcteur de base
de temps, Colortec, permettant la lecture
directe d'une image couleur et la préfiguration
des magnétoscopes à large bande
d'aujourd'hui. Choisi pour faire un discours
à la très officielle Royal Télévision
Society, il l'intitule "le cow·boy
et le cheval", en souvenir du jour où,
avec M.Poniatoff, il avait enregistré
un western hors antenne. A la relecture, Poniatoff
se retourna vers lui pour demander : "Charles,
peux-tu me dire quel est le cow-boy et quel
est le cheval ? " !
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Dans
ce document, Charles Ginsburg raconte comment est
né le magnétoscope de format 2 pouces
"Quadruplex", premier magnétoscope
commercialisé de l'histoire voici 50 ans.
Il y présente le travail acharné de
plus de 4 ans accompli par une petite équipe
de 6 personnes qu'il a constituée progressivement.
N.B.
: quelques précisions utiles.
AMPEX:
Le
nom de la société AMPEX vient de AMP
of EXcellence, AMP représentant les initiales
du fondateur de la société, Alexander
Michael Poniatoff (1892 - 1980).
Redwood
City en Californie était le siège
d'Ampex où se trouvaient les laboratoires
de la société.
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"Le
travail qui a présidé au développement
du premier magnétoscope opérationnel
n'est pas né d'une inspiration divine,
ni d'une incursion miraculeuse sur la voie du
succès. Ce premier magnétoscope
fut le résultat de plus de quatre années
de dur - et parfois inspiré - travail
d'une équipe où chacun eut sa
part personnelle pour résoudre des problèmes
sans fin. Tantôt le progrès fut
lent, tantôt il avança de lui-même.
Et quand le projet fut enfin au point, une grande
partie du vrai travail a commencé, alors
que nous avions fait notre première démonstration
avec succès. |
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Charles
P. Ginsburg (traduction : F. Chabrol... with
a little help from Alain Delhaise)
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En
octobre 1951, après plusieurs discussions
sur la question de savoir comment l'enregistrement
pour la télévision pouvait se faire
sur une bande magnétique, Alexander M. Poniatoff,
fondateur et président de la Société
Ampex, décida avec ses conseillers qu'une
relativement petite somme pouvait être attribuée
à une recherche concernant l'élaboration
d'une tête rotative. Malgré les incertitudes,
le projet démarra donc dès décembre
de la même année.
Ce sera pour moi l'occasion de rejoindre Ampex.
Avant le début de ce projet, la conception
du système était tout bonnement celle-ci...
trois têtes à monter sur la surface
plate d'un tambour balayant celle d'une bande de
5,08 cm de large. La vitesse de la tête à
la bande était d'environ 63,5 m/s autorisant
l'enregistrement de signaux de 2,5 mégacycles,
la bande tournant à la vitesse de 76 cm/s.
Au départ, le projet n'avait pas une très
grande importance et en mai 1952 fut suspendu pendant
trois mois au profit d'un instrument de mesure révolutionnaire.
Ce fut une heureuse parenthèse, qui me mit
en contact avec un ingénieur encore étudiant,
âgé de 19 ans, du nom de Ray Dolby.
Bien qu'à l'époque il n'ait pas d'expérience
véritable, sa facilité à appréhender
les problèmes techniques, de même que
son ingénuité, en fit un élément
essentiel à l'aboutissement du projet à
partir du moment où je le rencontrai. Dolby
quitta alors son école en août 52 et
sera intégré définitivement
en mars 53.
Nous fîmes en octobre 52 la présentation
d'une image très difficile à reconnaître,
mais qui présageait assez de la suite pour
garder intact l'enthousiasme de nos commanditaires.
En mars 53, nous avons mis au point un nouveau système
à quatre têtes de façon à
créer une commutation deux par deux des têtes
opposées diamétralement. Le rayon
de l'arc décrit par les têtes rotatives
était d'environ 38 mm donnant à peu
près un arc de 105 degrés sur chaque
tête par rapport à la bande de 5,08
cm.
Un système de modulation d'amplitude était
conçu de façon à ce que le
signal vidéo se verrouille dessus. Une fréquence
de 60 périodes pilotait le moteur du cabestan
de même qu'un amplificateur de puissance pour
le moteur du tambour tournant à haute vitesse.
Une photocellule recevait les impulsions d'une lumière
réfléchie, le signal de synchro de
la photocellule de 300 périodes étant
enregistré sur le côté de la
bande au moyen d'une tête fixe habituelle.
Pendant la lecture, le signal issu de la bande était
utilisé pour piloter et contrôler l'ampli
de puissance du tambour.
Bien que nous soyons plutôt satisfaits par
certains côtés, ce plaisir était
atténué par le nombre de problèmes
inattendus que nous avons rencontrés. Le
piège du principe de l'enregistrement non
continu était hélas devenu évident.
L'affreux effet de "store vénitien"
faisait apparaître des défauts très
déplaisants aux endroits où l'on passait
d'une tête à l'autre. L'inadéquation
de cette technique et la nécessité
d'une extrême précision dans le positionnement
de la bande par rapport aux têtes rotatives
nous apparurent alors et un bon nombre d'heures
passées à réfléchir
à la complexité des erreurs potentielles
de géométrie révélèrent
qu'il serait nécessaire de réviser
grandement le système de têtes rotatives
avant de connaître la réussite. En
1953, le projet fut suspendu par accord mutuel vers
d'autres activités prioritaires pour Ampex
et il ne fut pas facile d'y revenir ...
Entre juin 53 et août 54, le projet resta
donc dans les tiroirs, bien que certains progrès
aient été réalisés,
parfois grâce à un travail en douce.
En retour, fut obtenue l'autorisation de travailler
80 heures et de refaire une présentation
au comité de direction en août, ce
qui permit de redémarrer le projet dès
le début de septembre 1954.
A la fin il y eut deux changements techniques majeurs.
Le premier consistait en une configuration de la
géométrie qui devint effective plus
tard, où la bande s'enroulait autour du tambour
de têtes, où par conséquent
l'information était écrite en travers
de la bande en lignes étroites. Le second
voyait le développement d'un système
de gain automa-tique (AGC : Automatic Gain Control),
permettant de compenser les fluctuations d'amplitude
caractéristiques des données propres
aux têtes rotatives).
A la fin de septembre, Anderson, qui devait deve-nir
plus tard le père de la FM, Shelby Henderson
et moi furent rejoints par Fred Pfost et Alex Maxey.
Au début de ce nouveau projet, nous avions
en notre possession six têtes vidéo,
quatre provenant de l'ancien tambour et deux restées
en réserve. Ces têtes étaient
les premières combinaisons de ferrite et
de métal adaptées pour l'enregistrement
vidéo. Elles avaient été fabriquées
un an et demi auparavant, et bien que de fabrication
tout à fait sommaire, elles ne constituèrent
pas un obstacle aux performances du système
lors de nos premiers efforts.
D'un commun accord, nous ne nous soucions pas du
problème de renouveler les têtes, pensant
que cela n'était pas important. Maxey fut
chargé de cette tâche, et ce fut une
expérience éprouvante pour lui. Les
nouvelles têtes ne résistaient pas
à la force centrifuge élevée.
Nous n'avions pas le temps de concevoir autre chose,
aussi nous nous sommes contentés d'adapter
les anciennes têtes au nouveau tambour. Il
fallut plusieurs mois avant que nous ayons le temps
de l'améliorer.
En décembre 1954, nous obtînmes une
nouvelle image de meilleure stabilité, bien
qu'il faille une bonne dose de confiance et de compréhension
pour rester optimiste devant les insuffisances évidentes
de l'image reproduite. Le circuit AGC (gain automatique)
n'était pas prêt et le chemin pour
y parvenir serait apparemment très long.
Fin décembre, Anderson, sans doute abattu
par les problèmes de l'AGC, proposa (pour
la seconde fois, déclara-t-il plus tard)
d'utiliser un circuit FM inscrit sur le côté
de la bande plutôt que l'ancienne modulation
d'amplitude. Sa conviction re-posait sur des essais
qui avaient déjà été
faits auparavant avec cette technique pour la transmission
de signaux télé. Tout le problème
était de résoudre les paramètres
très inhabituels de fréquences de
porteuse, de déviation et de modulation.
Anderson mit un mois pour nous faire voir la première
image enregistrée en modulation de fréquence.
Pendant ce temps, Ray Dolby, qui venait de terminer
son service militaire et était retourné
chez Ampex tout en continuant ses études,
commença à mettre au point une technique
plus simple de modulation de fréquence. Alors
qu'Anderson avait utilisé des moyens assez
conventionnels comme des lampes, créant un
train d'ondes de 50 Mégacycles pour le reproduire
à la lecture au moyen d'amplis de réjection
à haute fréquence et de circuits limiteurs,
Dolby conçut et fabriqua un multivibrateur,
qui pourrait être modulé directement
en lui délivrant un signal vidéo composite
aux grilles d'entrée. A condition que la
fréquence du multivibrateur puisse être
réglée à une valeur convenant
à la transmission par les têtes et
la bande, la complexité des circuits et le
temps de traitement étaient considérablement
réduits. Les images obtenues avec ce modulateur
le 25 février étaient bien supérieures
à l'ancien procédé d'Anderson.
Le 2 mars 1955, nous donnâmes une démonstration
très convaincante du système à
un panel de responsables. La résolution de
l'image était très faible avec une
fréquence de moins d'1,5 mégacycles.
Il fallait régler constamment l'AFC du moniteur
à cause des variations de vitesse du tambour
de têtes, encore entraîné par
une courroie ! Le mois suivant permit de faire le
point soigneusement et de sérier les problèmes
pour rester dans les temps de la course qui devait
nous mener à des résultats concrets,
que nous avions promis et dont nous étions
redevables.
Il semblait que nous avions parcouru un long chemin
en peu de temps grâce à une évaluation
et une prise en compte globale de nos problèmes.
Une telle approche aurait assurément à
être redéfinie de manière pointue
avant que nous ne soyons sûrs de nous, au
point de présenter un produit commercialisable.
Plutôt que de faire les comptes de ce que
nous savions de ce que nous ne savions pas, je dirais
que nous avons procédé selon le principe
accordé avec beaucoup de prudence d'un projet
ayant pour objectif la présentation au public
d'un système d'ici une année.
Philip L. Gundy, responsable de la section Audio
de la société Ampex, de laquelle nous
dépendions fit beaucoup pour nous à
cette époque en nous offrant des locaux isolés
avec beaucoup plus de place qu'auparavant. On put
donc se mettre au travail derrière des portes
bien fermées ...
Maxey avait fait des expérimentations en
dehors de ses heures de travail pendant le mois
de février 1955 et avait trouvé un
phénomène très significatif
lié aux caractéristiques de l'image
reproduite en lecture. Il avait découvert
que nous pouvions définitivement contrôler
la somme d'informations donnée à la
lecture par chacune des têtes en faisant varier
la tension de bande de trois façons : avec
les bobines, en faisant bouger le guide femelle
d'avant en arrière du tambour de têtes,
ou en faisant bouger l'espace de vide d'air entre
la bande et le tambour.
Nous avons été vite intéressés
par l'extension des recherches dans la non-linéarité
amenées par l'utilisation de la position
du guide servant alors de contrôle et j'ai
fait moi-même des expériences pour
le faire varier, aussi avons-nous conclu à
l'efficacité de cette méthode. La
variation de la tension de bande se révéla
une des transformations majeures de notre programme.
Ce fut une excellente solution au problème
de la variation de lecture des têtes, ce qui
donna une réponse à la question de
l'interchangeabilité des bandes enregistrées
d'une machine à l'autre.
Nous fîmes une modification radicale dans
le dessin de chaque tête vidéo, de
façon à standardiser leur production.
A cette époque, on fit du bon boulot pour
améliorer les caractéristiques magnétiques
et les performances des têtes vidéo.
Un tel programme a été développé
par Pfost, qui montra une incroyable ténacité
et patience pour se mesurer avec les points particuliers
tous importants. Quiconque aura essayé de
trouver la réponse adéquate pour des
têtes magnétiques aux longueurs d'ondes
de moins de 0,005 mm peut imaginer sans peine les
difficultés auxquelles nous étions
confrontés.
Le circuit de modulation fut étendu en largeur
de bande de façon à pouvoir travailler
à une fréquence de porteuse aussi
élevée que six mégacycles,
autant qu'il était possible de le faire.
L'unité de commutation passait de deux à
quatre, ne permettant le passage qu'à un
seul canal à la fois. Nous avons fait de
considérables progrès en ce qui concerne
la résolution et le rapport signal / bruit.
Le tambour était maintenant suffisamment
stabilisé pour que l'on puisse lire sur un
moniteur standard. Aucun effort particulier n'avait
alors porté sur le design de la machine,
il s'agissait plutôt d'une caisse en bois
rudimentaire avec le dessus et un peu d'électronique
à l'intérieur travaillant de concert
avec deux racks à moitié pleins. Fin
1955, à l'occasion d'une toute petite présentation
à des membres de la société,
il nous fut suggéré que ce qui allait
devenir une machine très coûteuse devrait
présenter un aspect plus attractif !
Aussi Anderson dessina-t-il la console Mark IV avec
son électronique compacte bien rangée.
Il fut aussi décidé cette fois que
nous pouvions désormais envisager enfin de
dévoiler notre secret à la Convention
Nationale des Professionnels de la Radio et de la
Télévision, qui devait se dérouler
à Chicago en avril 1956.
Trois
photos d'écran prises respectivement en février
1955, en mars 1955 et au début de 1956 avant
la présentation officielle publique du samedi
14 avril 1956 à Chicago.
On peut constater l'amélioration progressive
et spectaculaire du résultat obtenu.
Au début du mois de février 1956,
nous fîmes une présentation pour ce
qui devait être un petit groupe de la direction,
mais se composa à notre surprise de trente
personnes d'Ampex. Pour tous ceux qui avaient travaillé
sur ce projet, ce fut l'événement
le plus intense que nous ayons vécu. Les
invités arrivèrent puis s'assirent,
quelques phrases furent prononcées pour bien
dire que nous voulions montrer le fruit de notre
travail, alors on mit la machine en lecture avec
un programme que nous avions enregistré une
heure auparavant. Nous avons ensuite annoncé
notre désir d'enregistrer une séquence
et de la relire sur-le-champ. Deux minutes sont
ainsi enregistrées, on rembobine et l'on
arrête la bande, puis le bouton de lecture
est enfoncé ! Absolument silencieux jusqu'alors,
tous nos visiteurs se dressent sur les pieds et
sèment la panique dans l'immeuble en applaudissant
et en criant à qui mieux mieux. Les deux
ingénieurs de notre équipe qui s'étaient
le moins bien entendus entre eux se serraient la
main en s'envoyant de grandes claques dans le dos,
avec des larmes qui coulaient sur leur visage.
Pendant une quinzaine de jours, les représentants
de la plupart des grandes chaînes de télévision
vinrent nous rendre visite : tenus au plus grand
secret, ils entraient ou sortaient séparément
de façon à ne pas pouvoir se voir.
Environ six semaines avant la Convention, le travail
prit une ampleur considérable de manière
à parachever la construction de l'ensemble
Mark IV tout en continuant le travail sur le rendu
de l'image, pour que sa qualité soit à
la hauteur de ce que l'on en attendait. L'agitation
était à son comble. L'ingénieur
chargé de la coordination de notre groupe
qui s'était considérablement étoffé
tomba lui-même la veste pour passer le plus
clair de son temps (y compris les nuits et les week-ends)
à modifier les supports de la console, à
faire du câblage et à monter les cartes
électroniques qui avaient changé.
Une idée vieille de trois ans de faire la
commutation dans le signal de suppression devint
réalité sous forme d'un interrupteur
à bascule intégré dans le système
de base. Une tête rotative automatique de
démagnétisation des têtes vidéo
évitait de le faire manuellement après
tout enregistrement, avant de pouvoir relire.
Il avait été décidé
que Mark III, la machine utilisée pour les
démonstrations précédentes,
serait utilisée en même temps que la
Convention de Chicago pour une conférence
de presse à Redwood City. Aussi, alors que
Mark III servait de cobaye pour Mark IV, il fallait
aussi la préparer pour qu'elle fasse bonne
figure devant la presse. Le vrai orphelin de ce
projet, malheureusement négligé, c'était
l'audio, et il fallait faire en sorte qu'il se rapproche
au moins des normes professionnelles.
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Le
prototype MarkIV |
Il
y eut bien des héros pendant cette période,
mais celui qui surpassa tout le monde fut Pfost,
qui continua ses essais jusqu'au matin de l'embarquement
pour Chicago. Il n'arrêtait pas de transformer
ici un entrefer, placer une cale, là changer
un guide et fabriquer de nouvelles têtes.
Il travailla comme une bête pendant les quatre
dernières semaines, il fit bien plus de 100
heures par semaine.
Pour finir, Mark IV fut démonté entièrement
pour être emmené par bateau à
Chicago. Trois jours avant la conférence
de presse de Redwood City, Mark III, la deuxième
machine, était dans un piètre état
mécanique. Ceux d'entre nous qui avaient
été désignés pour aller
à Chicago prirent congé de ceux qui
restaient en leur souhaitant bonne chance et en
essayant d'oublier leurs propres soucis.
Les présentations étaient prévues
pour le samedi. Dans l'après-midi du jeudi,
Mark IV fut remonté et les essais nous montrèrent
les meilleures images que nous avions jamais vues.
Arriva un événement prophétique:
le carré des ingénieurs de CBS déclara
que la machine n'était pas assez performante.
Le rapport signal/bruit était mauvais et
les parasites inacceptables.
C'est donc dans la nuit de jeudi à celle
de vendredi que nous avons résolu le problème
par tous les moyens, aidés en cela à
la dernière minute par la réception
de nouvelles bandes, bien plus performantes, ce
qui fit que chacun se montra satisfait au bout du
compte. En faisant le point avec l'équipe
de Redwood City, nous apprîmes qu'ils avaient
résolu leurs problèmes mécaniques
et qu'ils étaient maintenant prêts.
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La
première présentation du magnétoscope
MarkIV à la convention de la NARTB (ancêtre
de la NAB) de Chicago, le samedi 14 avril 1956. |
Ce
fut une véritable bombe ! A Redwood City,
la conférence fut sensationnelle, réussie.
A Chicago, les mauvais démons s'étaient
éloignés et Ampex croulait sous les
commandes. Du jour d'ouverture le samedi matin jusqu'à
la prolongation au jeudi après-midi suivant
pour les délégués de la Convention,
la machine marcha mieux que ce que nous étions
en droit d'espérer.
Les six mois suivants ne nous apportèrent
qu'un dur labeur. Ampex avait prévu de livrer
cinq prototypes dès l'été ou
au début de l'automne, avec un programme
progressif permettant leur utilisation pour la télévision
en 1957. Nous nous trouvions en face de l'urgence
de fabriquer seize machines de façon artisanale,
la plupart devant servir aussitôt en production
pour les chaînes de télévision
et en même temps, nous devions penser à
mettre en place la fabrication industrielle.
En dépit des images plutôt bonnes montrées
en avril 56, Ia somme des tâches qui nous
attendaient avant la livraison de la première
machine destinée à une utilisation
sur l'antenne nous fit apparaître la réalité,
qui était celle du peu de fiabilité
du système. Jusque-là, ni les hommes,
ni les machines, ni l'avance technologique n'étaient
à même de garantir la qualité
des supports magnétiques pour l'enregistrement
vidéo. Et jusqu'à ce que nous puissions
conseiller les fabricants utilement pour leurs essais
par d'autres remarques que " bonne qualité",
"trop de drops" ou "support instable",
cela restait insuffisant pour se montrer satisfaits.
Le programme conçu pour répondre à
une telle question nous coûta des centaines
d'heures d'étude et fut l'objet de sérieux
casse-têtes avec les industriels sans oublier
nos futurs clients. Avec une durée de vie
moyenne de 100 heures pour les têtes vidéo,
il était hors de question de continuer ainsi
à fabriquer laborieusement des têtes
à la carte, les nombreux paramètres
de fabrication, dont certains avaient été
drastiquement changés à la va-vite
pour gagner encore quelques précieux dB de
rapport signal/bruit pour les démonstrations
d'avril, devaient être précisés
rigoureusement et sériés afin d'établir
nos propres standards avant la sortie de la première
machine.
En même temps, il fallait mettre au point
un processus de production semi-industrielle, non
artisanal. Une unité de traitement devait
être conçue et développée,
de façon à pouvoir procurer des signaux
de suppression et de synchro d'une qualité
suffisante pour passer par des amplis classiques
et des clamps à n'importe quel stade du traitement
du signai, l'image délivrée par la
bande devait être considérablement
améliorée pour respecter les normes
de bruit, de résolution, de surmodulation
et de stabilité horizontale, la machine et
le châssis devaient être entièrement
repensés et testés, les problèmes
au point de vue mécanique étaient
sans fin, les pièces constituant la platine
supérieure ne devaient pas seulement se montrer
fiables, mais être aussi interchangeables.
Avec toujours la recherche prioritaire pour obtenir
une meilleure bande passante et un meilleur rapport
signal/ bruit.
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.jpg)
La
première diffusion d'une image depuis
un magnétoscope le 30 novembre 1956 depuis
les studios de la CBS à Hollywood.
Le programme "Douglas Edwards and the News"
enregistré 3 heures plus tôt depuis
la côte Est fut diffusé à
la même heure locale sur la côte
Ouest.
C'est donc "comme ligne à retard
de 3 heures" que fut utilisé pour
la première fois à l'antenne le
2 pouces ! |
Il
aurait fallu décerner d'autres médailles
en octobre et en novembre à John King, Roger
Hibbard et Tony Severdia, qui commençaient
souvent leur journée à huit heures
du matin pour terminer trente heures plus tard.
Le 30 novembre 1956 fut la date anniversaire de
la première utilisation d'un magnétoscope
à l'antenne de CBS à Los Angeles.
NBC prit la suite début 1957 et ABC commença
en avril à diffuser des émissions
en différé.
A
partir de là, l'enregistrement vidéo
connut un essor économique prodigieux dans
les chaînes de télévision, il
a changé la vie de tous les jours. Rien de
tout cela n'aurait pu arriver sans la participation
de :
- l'industrie de la télévision, qui
sut se montrer ouverte à notre travail,
- nos clients potentiels, les chaînes, qui
nous aidèrent sur le plan technique, qui
surent se montrer patients et tolérants pendant
les premières expériences de diffusion
sur l'antenne,
- les fabricants de bandes magnétiques, qui
mirent avec succès au point un produit professionnel.
Et bien sûr mes collègues - des types
merveilleux - qui n'eurent de cesse que l'enregistrement
magnétique devienne une réalité.
| |

L'équipe
de six personnes qui conçut et mit au
point le premier magnétoscope pose autour
du Mark IV.
De gauche à droite : Fred Pfost, Shelby
Henderson, Ray Dolby, Alex Maxey, Charles Ginsburg
et Charles E. Anderson. |
Charles
P. Ginsburg (traduction : F. Chabrol / illustration
A.Delhaise)
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La
bande des " Six "
| Décembre
1951 |
Charles
Ginsburg est engagé par Ampex pour
mener le projet "magnétoscope"
à son terme. |
| Août
1952 |
Ray
Dolby le rejoint
|
| Décembre
1952 |
suivi par Shelby Henderson
|
| Août
1954 |
puis par Charles Anderson. |
| Septembre
1954 |
Fred
Pfost et Alex Maxey complètent
l'équipe. |
Les différents prototypes
|
Le
premier proto n'a pas reçu de nom,
puis : |
| Début
mars 1955 |
MarkII |
| Automne
1955 |
MarkIII |
| Fin
1955, début 1956 |
"relookage"
MarkIV |
|
N.B.
: les photos sont majoritairement extraites de l'excellent
ouvrage intitulé Videotape Recording publié
par la société Ampex en 1986.
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