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Malgré deux siècles de système
métrique et les tentatives successives de rationaliser
les systèmes d'unité, l'usage d'unités
non consistantes, archaïques ou bizarroïdes
persiste largement dans de multiples domaines. L'usage
des unités légalisées au niveau
international par les organismes de standardisation
est même parfois marginal dans de nombreuses activités
techniques, commerciales et industrielles, et pas des
moindres ni des plus retardataires !.
Système métrique et technologie : un divorce
à l'amiable ?
A titre d'exemple, mentionnons la marine et l'aéronautique,
qui font un large usage du mile (distance), du nud
(vitesse), du pied (altitude), du tonneau (masse), voire
du gallon (capacité). La coexistence du pied
et du mètre pour les altitudes donne lieu à
des confusions parfois dramatiques : le taux de montée
ou de descente d'un aéronef peut ainsi se présenter
de plusieurs manières : mètres/km, pied/mile,
mètres/mile, pourcentages, degrés...
Les domaines de l'hydraulique et de la thermique emploient
encore le psi (livre par pouce carré) là
où le Pascal devrait avoir cours, et la BTU (British
Thermal Unit) comme unité de quantité
de chaleur (même la calorie n'est plus légale
dans ce domaine où le Joule devrait s'imposer
naturellement). La BTU se rencontre parfois chez les
fabricants de vidéoprojecteurs qui chiffrent
dans cette unité le dégagement calorique
de leurs produits, et le débit des ventilateurs
associés est lui aussi souvent exprimé
en unités anglo-saxonnes du genre pieds cubes
par seconde !
Toute l'industrie électronique travaille en unités
américaines : les dimensions des composants et
des éléments de circuit imprimé
(pistes, pastilles, trous...) sont toujours exprimées
en pouces ou en mils (millièmes de pouces).
Les opticiens utilisent également des unités
exotiques comme le foot-lambert à la place de
la candela, par exemple. Même la grenouille de
Monsieur Météo a bien du mal à
se faire a l'hectopascal qui usurpe parfois la place
du regretté (???) millibar.
Plus près de nous, l'idée est bien ancrée
que les dimensions des écrans et les tailles
des objectifs doivent toujours être chiffrées
en pouces, les vitesses des rubans magnétiques
en ips (pouces/s) et les diamètres des filetages
"normalisés" en huitièmes de
pouces !.
Le numérique brouille
l'écoute !
Loin de se clarifier, la situation a empiré avec
l'avènement des techniques numériques,
créant un malentendu qu'on peut parfois assimiler
à un soupçon de malhonnêteté.
En effet, système d'unité rationalisé
et système décimal vont de pair. Les multiples
et sous-multiples sont définis, de manière
automatique et pratiquement implicite, comme des puissances
de 10 de l'unité de base.
Malheureusement,
lorsque les encyclopédistes planchaient sur
ces questions, eux qui sortaient d'une révolution
sanglante étaient loin de se douter de la révolution
pacifique à venir. En effet, le traitement
de l'information moderne, à base binaire, a
pris comme habitude de chiffrer tout en nombres "ronds",
c'est à dire... en puissances de 2. Et sans
penser à mal (du moins on l'imagine), constatant
que 2^10 est très proche de 10^3, ont naturellement
et dans un but de simplification (du moins pensaient-ils),
noté K (et non k) le multiple correspondant
à 2^10. Ainsi, il ne fait aucun doute que 1
Kbit = 1024 bits et non 1000 bits... en d'autres termes,
1 Kbit n'est pas un kilobit !)
Là où ça se complique, c'est
lorsqu'on parle de quantités d'informations
de plus en plus grandes. Ainsi, les informaticiens
ont pris l'habitude d'attribuer le préfixe
M aux unités équivalant à 2^20
(soit 1 048 576) fois l'unité de base. Fatal
error ! car rien ne distingue ni de près ni
de loin ce M du M représentant, selon la norme,
le préfixe Méga équivalent à
1 000 000 fois l'unité de base. Cette confusion
confine parfois à l'escroquerie quand elle
s'applique aux capacités des supports de stockage,
car dans ce domaine, le M vaut universellement 1 000
000. L'acheteur qui pense acquérir des "vrais"
Mo ne touche en fait que des "Mo décimaux"
et se retrouve lésé de 5 % environ.
Sans compter que la capacité vendue est souvent
"non formatée", et du coup, après
formatage, la capacité réellement disponible
peut être d'environ 90 à 92 % seulement
de celle qu'on imagine avoir mise en service. Bien
entendu, le même malentendu s'étend à
tous les autres multiples (G, T), pour lesquels plus
aucune distinction entre les valeurs "informatiques"
et les valeurs "décimales" n'est
possible, ni même pratiquée.
Pour mettre fin à cette gabegie, les organismes
de normalisation (la CEI, Commission Electrotechnique
Internationale, www.iec.ch) ont, dès 1999,
émis une recommandation fixant les préfixes
pour les multiples binaires et permettant une distinction
claire et sans équivoque avec les multiples
décimaux.
Selon
ces définitions, les préfixes k, M,
et G classiques, reviennent exclusivement à
leurs significations décimales à savoir
respectivement 1 000, 1 000 000 et 1 000 000 000.
Les préfixes binaires "voisins" s'écrivent
Ki, Mi ,et Gi, se prononcent kibi, mebi et gibi et
valent respectivement 1 024, 1 048 576 et 1 073 741
824.
Après
bientôt 10 ans de validité de cette norme,
force nous est de constater qu'elle n'est absolument
pas entrée dans les murs, et jamais il
ne nous a été donné de voir une
seule fois l'un de ces préfixes sur un document
technique ou commercial. Nous tenterons de donner
l'exemple...
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