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CUBA - Avril 2006
Préprod
Des enregistrements stéréo de "repérage"
ont été rapportés de Cuba en
2005 par Cyril Vincensini, l'initiateur du projet,
lui-même preneur de son et féru d'ethnomusicologie.
Spécialiste du pourtour du golfe du Mexique,
il n'a de cesse de "sauver" des musiques
en voie d'extinction, collectages qui lui ont permis
de produire de très beaux CD. Les prises de
son de Ponto et de Trova ancienne qu'il réalise
à Cuba sont excellentes du point de vue documentaire
mais présentent selon moi des caractéristiques
incompatibles avec une production sonore respectueuse
d'aussi merveilleux musiciens et d'une musique aussi
unique.
Lesdites prises de son ont certes été
réalisées à l'aide d'un micro
stéréo, mais il ne s'agit sans doute
pas du meilleur dans sa catégorie : d'où
un certain manque de relief (réponse aux transitoires
un peu molle) et de largeur de bande fréquentielle,
selon moi.
L'idée est donc de multiplier les micros, qui
seront mieux choisis, et donc les pistes, afin de
s'assurer du résultat, du fait de la possibilité
de les mixer ultérieurement, mais tout en gardant
résolument le concept de stéréo
de phase. Il faut s'assurer que les enregistrements
stéréo des champs sonores sont le plus
cohérent possible, tout en évitant absolument
corrections, compression et effets à la prise.
Location
Il est projeté de filmer les séances (et
tout autour) en faisant appel aux élèves
de l'école Nationale de Cinéma de La Havane
(ce qui ne se fera pas, au dernier moment).
Nous nous rendons chez Tapages, le loueur spécialiste
du son de terrain, afin de compléter notre système.
On nous y conseille de partir avec un enregistreur numérique
Aaton Cantar, magnifique engin doté des ressources
nécessaires aussi bien en matière de canaux
(8) que de synchro avec l'image. Cependant, le fait
que l'on n'y trouve que 5 préamplis micro impose
l'adjonction d'une console, une Cooper Sound, aux préamplis
de qualité.
Du fait qu'il n'est pas prévu de percher, nous
optons pour des pieds légers, une perche étant
cependant ajoutée à la panoplie afin d'aller
"chercher" éventuellement les voix
ou les instruments les plus "fragiles".
Un théâtre est loué à La
Havane (Théâtre America), pour y enregistrer
des trios acoustiques venus de Sancti Spiritu, alors
que la Parranda de 15 musiciens, une banda de rue, sera
enregistrée sur place, au centre de l'île,
dans un lieu ouvert.
Le système de micros de base se compose d'un
imposant Soundfield Mark V, qui donne 4 canaux en format
B, ainsi que d'un couple principal de DPA, installé
sur le même plan que le Soundfield, et d'un couple
de DPA miniatures. Le compte est bon : 8 canaux !
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Théâtre
La Havane
Le théâtre America est doté
d'une acoustique très satisfaisante et
sa vaste scène permet une installation
idéale. Même si les bruits permanents
de la rue (motos et camions russes, vieilles américaines,
conversations à tue-tête) et des
visiteurs vont nous obliger à travailler
de nuit.
Une table de production est placée à
cour, pour la boisson (nos amis cubains engloutissent
habituellement des quantités impressionnantes
de rhum, sans compter que la température
monte parfois au-dessus des 35°) et la rédaction
des track sheets (feuilles de prises) : date,
artiste, numéro de prise (selon le Cantar),
nom du morceau, durée et surtout ordre
de branchement des micros (fonction tenue par
le régisseur bilingue : El Diablito). En
effet : il est fondamental de respecter l'ordre
WXYZ du Format B, sinon il sera très difficile
de s'y retrouver au moment de la transformation
dudit Format B en canaux discrets (5.1 à
partir de 4).
WXYZ = pistes 1, 2, 3, 4 sur l'enregistreur, 5
& 6 pour le couple principal, et 7 & 8
pour les appoints. Mais toujours en stéréo
!
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Attention
: il faut soigneusement aligner verticalement
les couples avec le Soundfield, sinon : risques
de surprises au "mixage" (disparition
des graves, aigus voilés, rotations, etc.).
Sur une autre table : la console, le Cantar et
les casques.Système de micros : un pied
est posé à environ 1,80 m de distance
et au centre des trios, les musiciens étant
assis en arc de cercle, face à la salle.
À 1,70 m de hauteur : le Soundfield. Juste
au-dessous : le couple ORTF haut (visant les voix).
Plus bas : l'autre couple ORTF (visant les cordes
: Laud, Très et guitare). .
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Les
percussions (maracas et claves), suffisamment
puissantes, sont donc parfois amorties ou jouées
volontairement avec modération, de peur
de couvrir voix et cordes
ORTF : 17 cm entre les cellules et 110° d'angulation.
Problème : aussi bien le preneur de son
que le producteur et les musiciens ne peuvent
écouter la prise de son en surround.
Astuce : les couples étant un peu "courts"
à eux seuls, on choisit un mélange
de pistes spectaculaire" pour les écoutes
inévitables
un verre à la
main. |
Prévoir
des casques en quantité suffisante, et
des sorties casques en conséquence.
Le preneur de son peut se balader dans les pistes,
pour un monitoring de contrôle, mais devra
sans doute choisir d'écouter le même
mélange, pour un meilleur confort. |
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Sancti
Spiritu
Nous partons ensuite vers le centre de l'île
pour y enregistrer la Parranda locale lors d'une fête
organisée à cette occasion, dans une
ferme. Les musiciens de Trova et de Ponto sont des
paysans, même si beaucoup d'entre eux enseignent
dans l'école de musique locale. Le groupe se
compose d'une demi-douzaine de cordes : un Laud (luth
arabe très hispanisé), des Très
(petites guitares à trois jeux de deux cordes)
et des guitares.
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Tout
cela acoustique, bien entendu. On y trouve également
maracas, triangle, bongos et surtout une certaine
Marimbula, sorte de sanza géante (lamelles
métalliques sur une caisse), qui fait office
de contrebasse. Le faible niveau de cet instrument
impose d'installer à relative proximité
(moins d'1 m devant) le couple de DPA miniatures.Par
ailleurs, les chanteurs étant passablement
noyés dans cette masse sonore, un couple
sur perche est prévu afin de les percher
en proximité. |
Ce
couple reviendra à sa place, avec le Soundfield,
face à la Parranda installée en
arc de cercle aplati, pour les morceaux instrumentaux
comme pour la joute poétique finale de
deux chanteurs repentistes.
Gros malheur : le Cantar tombe en panne la veille
des prises. Heureusement, tout le système
de micros envisagé peut être injecté
dans la console Cooper, puis mixé et envoyé
dans un DAT de secours, en stéréo.
Sans possibilité de mixage ultérieur
et surtout sans surround. |
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Mixage
C'est dans l'une des cellules de la Maison de la Radio
que se fait le mixage, en stéréo, sur
Pro Tools et Pro Control Digidesign. Il est projeté
d'en faire un double CD pour Ocora, la maison de disques
de Radio France spécialisée en musiques
du monde. Une fois les pistes extraites et identifiées,
les morceaux et les prises sont sélectionnés.
Afin de "compléter" la paire de Genelec
et les traditionnelles Cabasse, nous apportons une
paire de moniteurs de proximité amplifiés
E2A, qui nous semblent plus fiables. Ils nous sauveront
la vie plusieurs fois, notamment au niveau de la fatigue
auditive.
Astuce : les couples sont mixés légèrement
resserrés vers le centre et les surround sont
ramenés vers l'avant, mais très écartés.
On donne ainsi un peu d'air au mix, en enveloppant
les trios de la respiration de la salle.
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